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Tiques et chevaux : prévention, retrait et maladies transmissibles

31 août 2026

Un cheval qui refuse son foin, présente de la fièvre et des urines inhabituellement foncées quelques jours après des sorties en forêt doit faire penser à la piroplasmose. Une tique Dermacentor passée inaperçue dans le fanon suffit. Le risque est bien réel sur l'ensemble du territoire français, où plus d'un tiers des équidés testés sont porteurs asymptomatiques de protozoaires responsables de la piroplasmose, selon les données publiées par l'INRAE dans le cadre du projet PiroGoTick.

Les tiques qui parasitent le cheval en France

Trois espèces sont principalement impliquées dans les infestations équines sur le territoire métropolitain. Dermacentor reticulatus et Dermacentor marginatus constituent les vecteurs dominants de la piroplasmose ; leur présence est documentée aussi bien dans les zones humides du Grand Ouest que dans les prairies du Massif Central. Plus au sud, Hyalomma marginatum et Rhipicephalus sanguineus s'installent progressivement au gré du réchauffement climatique. Ixodes ricinus, le vecteur classique de la borréliose de Lyme, complète ce tableau en colonisant les zones boisées et les lisières herbeuses fréquentées par les cavaliers.

Les tiques ne sautent pas : elles attendent sur les herbes hautes, les fourgères ou les buissons entre 20 cm et 1,20 m du sol, puis s'accrochent au passage de l'animal. Chez le cheval, elles se fixent de préférence dans les zones à peau fine et peu pilées : la région de l'encolure, le fanon, l'aine, le creux du jarret, sous le ventre et à la base de la queue. Une tique non détectée peut rester attachée plusieurs jours, augmentant ainsi le risque de transmission d'agents pathogènes.

Maladies transmissibles au cheval par les tiques

La piroplasmose équine

C'est la maladie transmise par les tiques la plus fréquente et la plus grave chez le cheval en France. Deux protozoaires sanguins en sont responsables : Theileria equi (anciennement appelée Babesia equi) et Babesia caballi. Ils s'attaquent directement aux globules rouges, les détruisant en masse. Les données du RESPE (Réseau d'Épidimio-Surveillance en Pathologie Équine) montrent que, depuis 2013, T. equi est détectée dans près de 31 % des cas suspects, et B. caballi dans environ 17 % des cas. Un gradient nord-sud est clairement établi : la prévalence des porteurs asymptomatiques peut dépasser 50 % dans le sud de la France, contre 15 % dans le nord.

Les signes cliniques apparaissent généralement deux à trois semaines après l'infestation. Une fièvre élevée (41-42 °C), des muqueuses jaunâtres (ictère), des urines focées ou moussées témoignent d'une hémolyse importante. Sans traitement rapide, la mort peut survenir. Le vétérinaire dispose d'un traitement spécifique, le Carbesia® (imidocarbe), administré en injections intramusculaires. La piroplasmose équine n'est pas une maladie réglementée ni à déclaration obligatoire en France (elle est surveillée par le RESPE), mais elle figure sur la liste de l'OMSA : un cheval positif peut se voir refuser l'entrée dans certains pays.

L'anaplasmose équine

Causée par la bactérie Anaplasma phagocytophilum, transmise essentiellement par Ixodes ricinus, l'anaplasmose touche les globules blancs. Le tableau clinique associe fièvre, abattement marqué, oedèmes des membres et inégalité locomotrice. Elle est souvent confondue avec d'autres pathologies, d'où l'importance d'une analyse sanguine rapide. La réponse aux antibiotiques (oxy-tétracycline) est en général bonne, à condition de consulter tôt.

La borréliose de Lyme équine

Bien que moins étudiée chez le cheval que chez l'humain ou le chien, la borréliose à Borrelia burgdorferi est décrite dans la littérature vétérinaire. Elle peut se manifester par des boiteries chroniques, une sensibilité articulaire, de la fièvre ou des troubles neurologiques. Le diagnostic est difficile car les symptômes sont peu spécifiques. Le traitement repose sur un protocole antibiotique prolongé (doxycycline ou pénicilline), prescrit par le vétérinaire après sérologie.

Inspecter et retirer les tiques : la bonne méthode

L'inspection doit être systématique après chaque sortie en milieu à risque (forêts, lisières, paturages non tondus). Voici les zones à vérifier en priorité :

  • L'encolure et le garrot
  • Le fanon et le dessous du ventre
  • L'aine et le creux poplité
  • La base de la queue et le dessous de la queue
  • Les oreilles et le contour de la tête

Pour retirer une tique, utilisez exclusivement un crochet tire-tique (de type O'Tom ou similaire), disponible chez tout pharmacien ou vétérinaire. Glissez le crochet sous la tique, aussi près possible de la peau, puis faites une rotation continue dans un seul sens (sens anti-horaire généralement) jusqu'à ce que la tique se détache. Ne jamais écraser, brûler, enduire d'huile ou de vernis la tique : ces méthodes favorisent le rejet de salive et augmentent le risque de transmission. Après retrait, désinfectez le site de morsure et notez la date et la localisation. Si des symptômes apparaissent dans les trois semaines suivantes, consultez votre vétérinaire sans attendre.

Prévention : les bonnes pratiques au quotidien

Les répulsifs adaptés aux équidés

Plusieurs gammes de sprays et lotions sont spécifiquement formulées pour les chevaux. On distingue les répulsifs à base de perméthrine (efficacité prouvée, à réserver aux équidés et à ne jamais utiliser sur les félins), les produits à base de citriodiol (dérivé de l'eucalyptus citronné) et les formules avec diméticone qui asphyxient mécaniquement les parasites. Appliquez le répulsif sur les membres, le ventre, l'encolure et les oreilles avant chaque sortie en zone boisée, en évitant les muqueuses et les yeux. La protéction dure généralement quatre à six heures selon la transpiration.

L'entretien du pâturage

Les tiques ne survivent pas en plein soleil ni sur un terrain sec et ras. Faucher régulièrement les herbes hautes, élaguer les buissons en périphérie du paddock, et éviter les lisières à fort ombrage réduit considérablement la pression parasitaire. Une rotation des pâtures, lorsqu'elle est possible, limite également la recolonisation.

Le bilan sanitaire annuel

Si votre cheval évolue dans une région à forte prévalence, notamment dans le sud de la France, demandez à votre vétérinaire d'inclure un bilan sérologique piroplasmose lors de la visite annuelle. Détecter un portage asymptomatique permet d'anticiper une décompensation en période de stress (transport, compétition, corticothérapie). Par ailleurs, la piroplasmose équine étant une maladie listée par l'OMSA et contrôlée à l'importation par plusieurs pays, un cheval positif ne pourra pas partir concourir dans certains pays sans protocole de clearance préalable.

Questions fréquentes

Comment distinguer une tique d'un autre parasite sur mon cheval ?

Une tique fixée se présente comme une petite boule ronde, ferme, variant du brun clair au gris selon son degré de gorgement. Elle est intimement collée à la peau et ne se détache pas au toucher. Un pou ou un éctoparasite superficiel, en revanche, glisse facilement sur les poils. En cas de doute, votre vétérinaire peut identifier le parasite rapidement.

Mon cheval peut-il contaminer une personne ou un autre animal ?

Un cheval infesté ne transmet pas directement la piroplasmose à l'humain : la maladie n'est pas contagieuse de cheval à cheval, ni de cheval à humain. En revanche, une tique décrochée lors du pansage peut se fixer sur le cavalier ou un chien présent dans l'écurie. Inspectez-vous systématiquement après le contact avec un cheval infesté.

La piroplasmose se guérit-elle complètement ?

La forme aiguë répond bien au traitement par imidocarbe (Carbesia®), mais le cheval reste souvent porteur chronique de Theileria equi à vie. Il peut rechuter lors d'un stress intense ou d'une immunodépression (traitement aux corticoïdes, maladie intercurrente). Babesia caballi, en revanche, peut être éliminée par un traitement adapté.

Quand les tiques sont-elles les plus actives sur les chevaux ?

Dermacentor reticulatus, principale espèce vectrice de la piroplasmose, présente deux pics d'activité : mars-mai et septembre-novembre. Ixodes ricinus est active dès que la température dépasse 4-5 °C, généralement de février à novembre. La vigilance doit donc s'étendre bien au-delà de l'été.

Existe-t-il un vaccin contre la piroplasmose équine ?

Il n'existe pas à ce jour de vaccin commercialisé en France contre la piroplasmose équine. La prévention repose donc exclusivement sur la lutte anti-vectorielle : répulsifs, inspections régulières et gestion raisonnée des pâtures.

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